Le cabinet de porcelaine expose des fleurs qui ne se fanent pas. Dans de petits pots de terre ou dans des jardinières à l’ancienne, elles dressent leurs fines tiges métalliques, s’inclinent gracieusement ou s’affirment avec un naturel qui confine à l’autorité lorsque ce sont des tulipes.

Ce sont les œuvres de deux artistes de la porcelaine, Didier Gardillou et Samuel Mazy – le maître et l’élève – qui font revivre l’antique métier de fleuriste porcelainier. Cet art est apparu au cours des années 1740 dans la manufacture de Vincennes qui au fil, des ans, devait déménager et devenir la manufacture royale de Sèvres. Pendant la période 1745-1755, la seule production rentable fut justement celle des fleurs, que l’on piquait dans des vases réalisés par la meilleure manufacture du monde. En ce temps, les seules fleurs naturelles présentes dans les hôtels particuliers étaient les fleurs à oignons. C’est en porcelaine que furent créés les premiers vrais bouquets, au sens où nous l’entendons (les tableaux qui représentent des bouquets sont en fait des natures mortes picturales à vocation moralisante, chaque fleur incarnant une vertu).

Toujours l’inattendu arrive, et nous voici ravis devant ces fleurs, ces bouquets, ces lustres fleuris, ces natures mortes de légumes qui rivalisent avec un passé que l’on croyait révolu. Les deux artistes n’ont pas le même style. Du maître, les trompe-l’œil les plus aboutis ; de l’élève les créations les plus poétiques…. (si vous avez une commande particulière à lui adresser, vous pouvez tenter votre chance : il aime les défis !).

Le cabinet de porcelaine est installé dans le Carré Rive Gauche, au cœur du quartier des antiquaires parisiens : il assume aisément la comparaison avec ses modèles du XVIIIe siècle, et il est bien difficile de le quitter sans quelque fleur à la main!

Antoinette Faÿ-Hallé
Conservateur général du patrimoine
Ancien directeur du musée national de Céramique, Sèvres